Les STAPS (1) sont sportifs ou le deviennent et leurs enseignants sont tous éducateurs ou anciens sportifs, les étudiants de Lettres lisent, les germanistes parlent allemand. Suivant toute logique, la section Infocom (2) devrait regrouper des étudiants naturellement communicants ou aspirant à le devenir et des maîtres de conférence ou intervenants spécialistes soit de la gestion ou des techniques de l’information soit de la communication aussi bien organisationnelle qu’institutionnelle, entre autres conceptions/utilisations du terme.
La communication en infocom
Pourtant les sujets imposés des dossiers arrivent aux étudiants avec plus d’un mois de retard, la transmission de l’information se fait souvent lorsque le problème se pose et non en amont, la liste de diffusion électronique est toujours incomplète au deuxième semestre et le sera encore certainement lorsque l’année touchera à sa fin, les dossiers sont remis sans émargement à une secrétaire voisine de la secrétaire Infocom, elle-même réputée pour sa disponibilité (!), sa gentillesse (!), son amabilité (!), son calme (!) en toute circonstance, et la batte de baseball glissée derrière son bureau en cas de blocage du bâtiment par les grévistes. Tout comme « l’exception confirme la règle » en grammaire française, la modification confirme l’information en M1 Infocom.
Il y a à l’évidence un manque de communication rarement égalé entre les enseignants et l’administration, entre les enseignants entre eux. Finalement, les seuls à communiquer sont les étudiants, qui réussissent tant bien que mal à lire l’emploi du temps, à venir assez régulièrement en cours tout en organisant une grève, à rendre le bon nombre de dossiers au bon endroit au bon moment, et chose surprenante, à continuer de venir en cours, avec le sourire qui plus est.
Les Masters sont des Warriors
Si ces étudiants-là sont arrivés jusqu’en master et persistent à s’inscrire à la fac, c’est sans doute parce qu’ils savent sans cesse renouveler leur motivation et parce qu’ils espèrent en sortir bientôt. Même si leur discours porte majoritairement sur l’incompétence des intervenants en matière d’enseignement, sur celle des agents administratifs et sur l’incohérence de l’emploi du temps, il compensent leur tendance apparente à la négativité par une aptitude à considérer de manière positive chaque situation et chaque projet et par un détachement facile voire quasi-systématique.
Les sources de dysfonctionnement
Plusieurs approches existent suivant les différents acteurs :
- le désordre administratif est subi à la fois par les enseignants et les étudiants
- les enseignants n’en font qu’à leur tête, l’administration s’adapte comme elle peut, les étudiants en font autant.
- Les étudiants forment un groupe d’importance différente très hétérogène suivant les années et agissent sur l’ensemble de l’Université par leurs manifestations syndicalistes, ce qui perturbe l’organisation administrative et tant l’avancée du programme pédagogique que le calendrier des examens.
On assiste en réalité à une articulation de ces trois aspects suivant les départements. Il semble alors que l’année 2007-2008 soit particulièrement épicée pour les Infocom. Puisque le désordre administratif y est particulièrement reconnaissable. Parce que les enseignants y ajoutent leurs absences officiellement prévues ou non et allongent systématiquement le circuit de transmission de l’information, perdant alors en fiabilité, en passant par un intermédiaire (le secrétariat ou un étudiant). Et enfin, parce que les gauchistes sont passés à l’action et entamé une guerre bloqueurs-antibloqueurs avec comme acteurs principaux Hugo Délire, Sud Etudiants, et Marc Gontard, président de l’Université.
Alors découragement ? Abandon ? Le nombre de dossiers de spécialisation rendus en est peut-être un indicateur (mais on n'est pas prêt d’en avoir les résultats. Correction et saisie informatique obligent). En tout cas ceux qui sont toujours là, qui par leur simple présence sans même prendre la parole font dire à une enseignante : « mais arrêtez de m’engueuler ! Je suis à crans, alors je me permets de m’énerver… », tiennent bien le coup.
Quand les enseignants communiquent
Ainsi, plus les enseignants sont occupés, autrement dit plus ils accumulent les fonctions, universitaires ou autres, plus ils délèguent. La secrétaire n’est alors plus une simple secrétaire, mais plutôt une assistante, qui doit à la fois gérer une branche (elles sont nombreuses) de l’arbre administratif, mais également communiquer, assister, coordonner, ce qui constitue des compétences plus poussées voire différentes. Le dialogue étudiants-enseignants diminue par un manque de disponibilité et de sujets traitant de la vie et des conditions universitaires. Ceci crée, parfois encore alimentée par la mise en valeur excessive d’une supériorité de l’enseignant, une distance entre les deux partis, alors même que les enseignants souhaitent plus d’interactions. On sert alors à l’étudiant un dossier par groupe imposé dont le sujet est imposé, avec comme arguments principaux le travail collectif et la capacité à produire un travail imposé, comme ce serait le cas dans l’univers professionnel. Quid des conditions de travail ? Des horaires fixes ? Des locaux ? Du salaire ? Sans parler des aspects encadrement et formation (savoirs-faire, connaissances) qui visent à l’université à transmettre, à enseigner. Alors l’autoorganisation sous cet angle est-il vraiment formateur dans ces conditions ? Ou bien est-ce surtout un moyen pour les enseignants de se délester d’une charge de travail ?
La métaphore comme exutoire
Les étudiants mis à distance de leur campus par les grèves, mis à distance de leurs enseignants, se rejoignent pour pouvoir étudier et se défouler. MSN Messenger et les listes diffusion servent à transmettre autant d’informations que de critiques et d’opinions. La métaphore est la figure de style prédominante, peut-être bien à cause d'un faible niveau rédactionnel chez les étudiants, mais surtout parce qu’elle peut y inclure un humour compréhensible intégré dans un texte rédigé. Car finalement on remarque d’une part que beaucoup d’étudiants aiment écrire, d’autre part par la lecture progressive (tout au long de leur réalisation) de certains chapitres des dossiers de spécialisation, que leurs écrits peuvent tout aussi bien être emprunts d’une culture typiquement estudiantine :
La phrase barque attend déjà le lecteur pour l’amener en bateau. Une fois sur les flots, on surfe facilement sur la vague de l’inspiration syntaxique, ce qui permet de continuer à naviguer même lorsqu’il n’y a plus de fond. Mais les méduses orthographiques font ralentir le lecteur et à son contact, aspirent peu à peu la bonne volonté des sauveteurs et des autorités. « Un homme à la mer ! » « Prévenons les autorités et laissons-le couler ». L’équipage arrive enfin à bon port, la sirène d’alarme du calendrier retentissant, accompagné de l’espoir de la prise en considération de la tempête intempestive (3) qui a mis en danger l’embarcation.
Et l’Université, où tant d’étudiants malchanceux disparaissent en suivant le chant d’une sirène au loin, en s’écrasant sur les rochers ou en coulant leur navire, reflète bien cette mer si belle et si riche de la terre bretonne, mais aussi si sauvage lorsqu’elle se laisse emporter par les vents de la liberté.
(1) STAPS = Sciences et Techniques et Activités Physiques et Sportives
(2) Infocom = Sciences de l’Information et de la Communication (SIC)
(3) renvoie au concept de l'excuse excusable.
La communication en infocom
Pourtant les sujets imposés des dossiers arrivent aux étudiants avec plus d’un mois de retard, la transmission de l’information se fait souvent lorsque le problème se pose et non en amont, la liste de diffusion électronique est toujours incomplète au deuxième semestre et le sera encore certainement lorsque l’année touchera à sa fin, les dossiers sont remis sans émargement à une secrétaire voisine de la secrétaire Infocom, elle-même réputée pour sa disponibilité (!), sa gentillesse (!), son amabilité (!), son calme (!) en toute circonstance, et la batte de baseball glissée derrière son bureau en cas de blocage du bâtiment par les grévistes. Tout comme « l’exception confirme la règle » en grammaire française, la modification confirme l’information en M1 Infocom.
Il y a à l’évidence un manque de communication rarement égalé entre les enseignants et l’administration, entre les enseignants entre eux. Finalement, les seuls à communiquer sont les étudiants, qui réussissent tant bien que mal à lire l’emploi du temps, à venir assez régulièrement en cours tout en organisant une grève, à rendre le bon nombre de dossiers au bon endroit au bon moment, et chose surprenante, à continuer de venir en cours, avec le sourire qui plus est.
Les Masters sont des Warriors
Si ces étudiants-là sont arrivés jusqu’en master et persistent à s’inscrire à la fac, c’est sans doute parce qu’ils savent sans cesse renouveler leur motivation et parce qu’ils espèrent en sortir bientôt. Même si leur discours porte majoritairement sur l’incompétence des intervenants en matière d’enseignement, sur celle des agents administratifs et sur l’incohérence de l’emploi du temps, il compensent leur tendance apparente à la négativité par une aptitude à considérer de manière positive chaque situation et chaque projet et par un détachement facile voire quasi-systématique.
Les sources de dysfonctionnement
Plusieurs approches existent suivant les différents acteurs :
- le désordre administratif est subi à la fois par les enseignants et les étudiants
- les enseignants n’en font qu’à leur tête, l’administration s’adapte comme elle peut, les étudiants en font autant.
- Les étudiants forment un groupe d’importance différente très hétérogène suivant les années et agissent sur l’ensemble de l’Université par leurs manifestations syndicalistes, ce qui perturbe l’organisation administrative et tant l’avancée du programme pédagogique que le calendrier des examens.
On assiste en réalité à une articulation de ces trois aspects suivant les départements. Il semble alors que l’année 2007-2008 soit particulièrement épicée pour les Infocom. Puisque le désordre administratif y est particulièrement reconnaissable. Parce que les enseignants y ajoutent leurs absences officiellement prévues ou non et allongent systématiquement le circuit de transmission de l’information, perdant alors en fiabilité, en passant par un intermédiaire (le secrétariat ou un étudiant). Et enfin, parce que les gauchistes sont passés à l’action et entamé une guerre bloqueurs-antibloqueurs avec comme acteurs principaux Hugo Délire, Sud Etudiants, et Marc Gontard, président de l’Université.
Alors découragement ? Abandon ? Le nombre de dossiers de spécialisation rendus en est peut-être un indicateur (mais on n'est pas prêt d’en avoir les résultats. Correction et saisie informatique obligent). En tout cas ceux qui sont toujours là, qui par leur simple présence sans même prendre la parole font dire à une enseignante : « mais arrêtez de m’engueuler ! Je suis à crans, alors je me permets de m’énerver… », tiennent bien le coup.
Quand les enseignants communiquent
Ainsi, plus les enseignants sont occupés, autrement dit plus ils accumulent les fonctions, universitaires ou autres, plus ils délèguent. La secrétaire n’est alors plus une simple secrétaire, mais plutôt une assistante, qui doit à la fois gérer une branche (elles sont nombreuses) de l’arbre administratif, mais également communiquer, assister, coordonner, ce qui constitue des compétences plus poussées voire différentes. Le dialogue étudiants-enseignants diminue par un manque de disponibilité et de sujets traitant de la vie et des conditions universitaires. Ceci crée, parfois encore alimentée par la mise en valeur excessive d’une supériorité de l’enseignant, une distance entre les deux partis, alors même que les enseignants souhaitent plus d’interactions. On sert alors à l’étudiant un dossier par groupe imposé dont le sujet est imposé, avec comme arguments principaux le travail collectif et la capacité à produire un travail imposé, comme ce serait le cas dans l’univers professionnel. Quid des conditions de travail ? Des horaires fixes ? Des locaux ? Du salaire ? Sans parler des aspects encadrement et formation (savoirs-faire, connaissances) qui visent à l’université à transmettre, à enseigner. Alors l’autoorganisation sous cet angle est-il vraiment formateur dans ces conditions ? Ou bien est-ce surtout un moyen pour les enseignants de se délester d’une charge de travail ?
La métaphore comme exutoire
Les étudiants mis à distance de leur campus par les grèves, mis à distance de leurs enseignants, se rejoignent pour pouvoir étudier et se défouler. MSN Messenger et les listes diffusion servent à transmettre autant d’informations que de critiques et d’opinions. La métaphore est la figure de style prédominante, peut-être bien à cause d'un faible niveau rédactionnel chez les étudiants, mais surtout parce qu’elle peut y inclure un humour compréhensible intégré dans un texte rédigé. Car finalement on remarque d’une part que beaucoup d’étudiants aiment écrire, d’autre part par la lecture progressive (tout au long de leur réalisation) de certains chapitres des dossiers de spécialisation, que leurs écrits peuvent tout aussi bien être emprunts d’une culture typiquement estudiantine :
La phrase barque attend déjà le lecteur pour l’amener en bateau. Une fois sur les flots, on surfe facilement sur la vague de l’inspiration syntaxique, ce qui permet de continuer à naviguer même lorsqu’il n’y a plus de fond. Mais les méduses orthographiques font ralentir le lecteur et à son contact, aspirent peu à peu la bonne volonté des sauveteurs et des autorités. « Un homme à la mer ! » « Prévenons les autorités et laissons-le couler ». L’équipage arrive enfin à bon port, la sirène d’alarme du calendrier retentissant, accompagné de l’espoir de la prise en considération de la tempête intempestive (3) qui a mis en danger l’embarcation.
Et l’Université, où tant d’étudiants malchanceux disparaissent en suivant le chant d’une sirène au loin, en s’écrasant sur les rochers ou en coulant leur navire, reflète bien cette mer si belle et si riche de la terre bretonne, mais aussi si sauvage lorsqu’elle se laisse emporter par les vents de la liberté.
(1) STAPS = Sciences et Techniques et Activités Physiques et Sportives
(2) Infocom = Sciences de l’Information et de la Communication (SIC)
(3) renvoie au concept de l'excuse excusable.