dimanche 17 février 2008

Les JO pendant les expositions universelles

Témoins de la réussite humaine, démonstrations d’excellence, les expositions internationales et universelles se veulent être une photographie de l’ensemble des accomplissements humains à un moment donné, dont l’auteur-photographe n’est autre que le pays organisateur. Chaque contrée organisatrice y appose ainsi son sceau, marquant cette représentation de la société de sa subjectivité. Dans ce grand parc où la culture et la science mondiales sont exposées au grand public, on étudie, on classe, on compare, on situe les pays les uns par rapport aux autres, on tente de montrer sa supériorité et sa réussite dans un domaine bien particulier. Des phases, des tendances, voire des modes sont mises en valeur. L’art et l’architecture prédominent, à côté des sciences et techniques, mais ces populations sont faites pour se rencontrer et échanger.

Que de termes qui font penser à un autre événement international d’envergure : les Jeux Olympiques. Les meilleurs sportifs au monde s’affrontant à la fois pour mettre en lumière l’excellence et la beauté de l’humain en son corps et esprit en tant qu’ambassadeur de sa nation. Cet aspect élitiste, ce mariage d’art et de technique, ce désir d’excellence, relient les deux types de manifestations. Mais à l’instar de l’œil du photographe, qui détermine l’angle, le cadre, la mise en valeur d’un objet au second ou au premier plan, l’organisateur choisit, par la distribution de l’espace, le financement et le type d’expositions accueillies, le secteur qui sera au premier plan et influencera la vision générale de l’exposition et ainsi ce qui constitue théoriquement la représentation de la société par le grand public. Tandis que la France met l’accent sur les arts, les Etats-Unis sur la production industrielle.

Alors quelle est la place du sport dans la société ? Autrement dit, quels moyens sont alloués à l’organisation de jeux sportifs dans l’enceinte de l’exposition et quel espace est-il accordé au sport sur la grande carte du monde des accomplissements humains ? Alors qu’aujourd’hui le sport semble transversal à tous les domaines, mettant à profit chaque découverte scientifique, chaque nouvelle technique, qu’elle soit économique ou artistique et surplombe par sa popularité l’ensemble de toutes autres activités humaines, il semblerait bien que le sport, à l’époque où les Jeux Olympiques faisaient partie des expositions internationales et universelles, n’avait pas encore une importance suffisante ni pour englober les autres secteurs de l’exposition ni pour s’en détacher. Cette recherche d’indépendance des Jeux Olympiques, nécessaire du point de vue de Pierre de Coubertin, marque sans doute une grande étape pour leur développement. Car leur organisation ne fut pas des plus aisée et le résultat pas toujours à la hauteur des attentes.

1900 Paris

Pierre de Coubertin, impressionné par l’exposition universelle parisienne de 1889, monte un projet pour l’exposition de 1900 avec M. G. Strehly, helleniste et gymnaste renommé, comprenant une restitution de l’Altis Olympie et l’exposition d’objets et de documentation sportifs de l’antiquité aux temps modernes. Il s’avère cependant que la vision du nouveau directeur de l’exposition diffère de celle des anciens. Faute de convocation reçue, sa surprise et celle des sportifs au regard de la classification officielle n’en est que plus grande, puisque aucun d’eux n’aurait pensé associer par exemple l’aviron au sauvetage ou les sociétés de sport à la prévoyance sociale.

Un énorme décalage apparaît déjà tant au niveau de la vision du sport que de la forme de l’événement lui-même. Et à Pierre de Coubertin d’écrire : « ce ne pourra être qu’une sorte de foire chaotique et vulgaire, exactement le contraire de ce que nous désirons pour les Jeux Olympiques. » Pour lui ces concours ne peuvent qu’échouer, de par le lieu, le nombre élevé de commissions et de sous-commissions et l’énormité du programme. Mais l’organisation est en route.

L’exposition alors montée au Champ de Mars à Paris, accueille les Jeux Olympiques en retrait au Bois de Vincennes aux abords du lac Daumesnil, dont l’entrée au public donne lieu à l’achat d’un ticket supplémentaire. Suite à la demande insistante de certains commissaires généraux étrangers et d’exposants français, non satisfaits de l’espace leur étant alloué dans l’enceinte urbaine, toute une série d’annexes est créée dans la région du lac. Ce processus accentue l’appartenance des Jeux Olympiques à l’exposition universelle.

Organiser ces concours d’exercices physiques et de sport durant l’exposition universelle, c’est, pour Alfred Picard, allumer un projecteur sur les progrès faits en matière d’éducation de la jeunesse en vue de préparer la nouvelle génération à défendre son pays.

Coûteux et parfois irréalisable, le programme est réduit aux deux tiers en privilégiant les concours les plus populaires. Une commission internationale d’hygiène et de physiologie étudiera l’influence des exercices des concours sur l’organisme humain qu’elle publiera sous forme de rapport.

C’est le sport de l’exposition universelle : la présentation d’un niveau et d’un savoir-faire par une mise en compétition, une évaluation des progrès et de la place de la France dans une hiérarchie mondiale, et la présentation au grand public dans un objectif de notoriété et de popularisation. Bien que l’événement puisse de ce point de vue nourrir le développement et la promotion du sport, les différences de classification et du choix des sports, de définition et d’idéologie concernant l’événement, créent de la confusion et se trouvent témoin d’une césure nouvelle interne au sport en général. On retrouve ici pleinement la relation, encore actuelle, d’opposition, de concurrence et de proximité nécessaire pour une influence réciproque entre l’éducation physique et le sport. Il s’en trouve par là-même qu’une trop forte proximité ne sert pas également les deux partis de l’opposition et il semble que si les concours d’éducation physique sont considérés comme une réussite, les Jeux Olympiques ne le sont pas. La tâche patriotique vue d’un côté comme un succès signifie de l’autre une mise en charpie.

Car finalement appelés en renfort, bien qu’écartés auparavant, les sportifs sauvent en quelque sorte les concours d’éducation physique et de sport en mettant à disposition personnel et infrastructures sportives et livrent ainsi leur œuvre à une manifestation qui ne lui correspond pas.